Mystérieuses, parfois effrayantes car c'est le noir total.
Et puis, jusqu'où va ce trou noir?
Et que va t'on y rencontrer?
Rien ou alors un monstre hideux et vorace!
Mais non, ça, c'est pour les contes...
Cependant vous pensez que les grottes sont dépourvues de vie... pas si sûr...

Partons à leur découverte.






Une grotte, c'est quoi?



Une grotte est une cavité souterraine plus ou moins profonde, et comportant au moins une partie horizontale accessible, ce qui la distingue d'un aven, d'un gouffre, d'un abîme...
Pour le sens commun, il s'agit habituellement d'une structure naturelle, mais le Dictionnaire de L'Académie française, dans sa première édition (1694) précise qu'elle peut être « naturelle, ou faite par artifice ».

Le mot Grotte viendrait du mot italien grotta qui remplace en 1537 le mot croute, lui même issu du latin crupta (crypta) qui a pour origine le mot Grec kruptein (cacher,couvrir).>

Géologie


Caverne ou Baume, voire Beaume, désignent généralement une grotte dont l'accès est horizontal et le développement peu important (dont l'exploration ne nécessite pas de matériel spécifique).
Gouffre (ou Aven ou Scialet ou Igue, etc, selon les régions) désigne une grotte dont l'accès s'ouvre dans le sol (nécessite du matériel spécifique) et présente sur tout ou partie de son développement la forme d'un puits vertical ou sub-vertical. Les avens de grande profondeur et/ou ayant une ouverture très large reçoivent parfois le nom d'Abîme ou Abyme.

On dit d'une grotte qu'elle est active si l'infiltration des eaux s'y poursuit, contribuant ainsi à la transformation de la cavité (creusement, concrétions, dépôts de sédiments...). Certaines grottes contiennent un lac souterrain.


Faune et flore


Les grottes peuvent abriter des animaux dits cavernicoles, et là où la lumière y pénètre, une flore spécifique d'algues, mousses, lichens et fougères notamment.
Un biofilm bactérien et animal peut localement couvrir les parois et servir d'alimentation à des invertébrés. On trouve dans certaines grottes profondes des zones tropicales des invertébrés, des amphibiens ou des poissons dont les yeux et la pigmentation de la peau ont disparu au cours des siècles.


Exploitation par l'Homme


en 1774 Les hommes préhistoriques se sont abrités dans des grottes et les ont utilisés pour peindre, graver ou modeler des figures, notamment d'animaux ou zoomorphes.
En Asie du Sud-Est notamment, certaines grottes ont servi de cimetière à des générations de familles, abritant les restes momifiés ou décomposés des ancêtres.
D'autres sont depuis longtemps exploitées pour le guano des oiseaux et/ou des chauve-souris ou pour les nids d'hirondelles.
Des grottes ont aussi servi d'abri aux pirates, générant de nombreuses histoires de "grottes aux trésors". Elles ont aussi servi de caches durant les guerres civiles ou militaires.


Culture


Des grottes préhistoriques en passant par le mythe de la caverne de Platon aux interprétations psychanalytiques youngiennes du 20ième siècle, les grottes souterraines ou marines se sont vues attribuer des fonctions sociales, initiatiques ou symboliques diverses. Pour ces raisons symboliques, le maniérisme en architecture donnera des fausses grottes comme celle de Buontalenti au jardin de Boboli de Florence.
De nombreuses grottes naturelles jugées "remarquables" sont visitées partout dans le monde, générant souvent des activités touristiques significatives.


Retour haut de page

La vie dans les grottes



Le monde animal dans les grottes


Dans le monde souterrain règne un silence absolu.
Dans cette obscurité, aucune plante ne peut pousser. Ce milieu semble peut propice à la vie. Pourtant, le monde animal a su y prospérer. Ces animaux ont su faire preuve d'une étonnante adaptation tant par leur comportement que leur mode de reproduction.

Cette étude de la faune cavernicole fait l'objet d'une science appelée biospéléologie. Elle permet une analyse microcosmique de l'évolution.


Classification du monde animal souterrain


Ces créatures étranges sont réparties en trois catégories :

Les troglophiles :
les animaux qui peuvent passer toute leur existence sous terre mais aussi bien à la surface.
Les trogloxènes :
les animaux qui viennent habituellement dans les cavernes mais qui doivent sortir pour trouver leur nourriture (les chauves-souris par exemple).
Les troglobies :
les animaux qui viennent uniquement dans les milieux souterrains Concernant cette troisième catégorie, les études ont prouvé que ces animaux sont aveugles et sourds.

C'est notamment le cas des poissons cavernicoles comme Typhlichthys subterraneus. Ce troglobie est presque incolore ; à la place des yeux, il y a de simples renflements.
Un poisson aveugle dans une grotte du Kentucky. Il est gros comme un doigt. Il possède de part et d'autre de la tête et du corps des récepteurs sensoriels qui lui permettent, en détectant les vibrations, de localiser ses proies.


Un ravitaillement de l'extérieur


Dans les années 60, une étude fut menée dans une petite grotte du Kentucky, Cathedral Cave.
Dans cette grotte, les grillons des cavernes, Hadenoecus subterraneus, sont les animaux les plus nombreux.
Les scientifiques en avaient comptabilisé 3 750. Ces grillons sont des troglophiles très bien organisés.
Chaque soir au coucher du soleil, un tiers d'entre eux quitte la grotte à la recherche de nourriture. Ils reviennent à l'aube, repus.
La nuit suivante, un autre tiers va dehors et ainsi de suite chaque nuit.
Les antennes des grillons des cavernes sont deux fois plus longues que celles des grillons de surface. Ces grillons ne chantent pas.

Cette nourriture, transformée en déjections, s'accumule dans la grotte. C'est la seule matière comestible qui arrive régulièrement de la surface. Elle fait les délices des troglobies et assure leur survie.


Des guacharos.


Ils sont également d'excellents auxiliaires pour la faune cavernicole La chauve-souris est un trogloxène. C'est un autre auxiliaire important pour la faune souterraine. Elle fournit du guano et de la viande après sa mort.
La grotte de Tamana Cave dans l'île de Trinidad en abrite des dizaines de milliers. La population cavernicole vit du guano qu'elles produit.
Les troglobies dépendent beaucoup de ce ravitaillement effectué par les trogloxènes. Cependant, les fortes pluies charrient également à l'intérieur des grottes une grande variété d'aliments : branches, feuilles, troncs d'arbres infestés d'insectes .

Des champignons blancs poussent sur le terreau de guano. Les champignons sont une des rares espèces végétales à contribuer à la survie des cavernicoles.

La salamandre :
une évolution surprenante Les scientifiques pensent que généralement les cavernicoles ont bénéficié d'une préadaptation. Ils possédaient des caractères physiques et des organes sensoriels qui les rendaient aptes à la vie souterraine.
La salamandre est un parfait exemple de cette adaptation.
Qu'elles vivent sous terre ou non, toutes les salamandres ont un métabolisme lent. De plus, elles ont besoin d'une atmosphère humide.
La salamandre cavernicole d'Europe a été baptisée Protée, du nom du dieu marin Grec.
Le Protée possède à la naissance des yeux rudimentaires qui disparaissent totalement en vieillissant. Parallèlement, sa couleur passe du gris foncé à un blanc rosé. On estime qu'un spécimen adulte de Proteus anguinus peut se passer complètement d'aliments pendant trois ans.
Durant la saison des amours, en mai, le mâle s'attribue un territoire qu'il défend en fouettant l'eau de sa queue et en mordant les intrus. La femelle est ovipare. Elle pond ses oeufs sous de grosses pierres.
Le Protée conserve sa forme larvaire toute sa vie qui peut atteindre 25 ans.

Le Protée européen a des cousins américains. Après la salamandre des Ozarks et celle du Texas, on a encore trouvé sept espèces de salamandres cavernicoles aux Etats-Unis. Salamandre des Ozarks qui mesure 8 à 10 cm.
Chaque espèce se différencie par la structure des os, la pigmentation ou le degré de dégénérescence des yeux.
En fait, les particularités marquent les différentes étapes de leur évolution au monde souterrain.


Spécimen devenu adulte.


Ses yeux ont dégénéré et ses branchies ont disparu.


Sélection naturelle et amélioration


« Partout dans le monde, chaque jour et à tout instant, la sélection naturelle examine toutes les variations, jusqu'aux plus insignifiantes, rejetant ce qui est nuisible, retenant et additionnant ce qui est utile, oeuvrant silencieusement et insensiblement à l'amélioration de chaque être organique par rapport aux conditions de l'existence ».


Darwin, L'Origine des Espèces


Cette observation de Darwin est particulièrement adaptée aux troglobies.

Ecrevisse aveugle.
Ses oeufs sont plus gros que ceux des autres variétés d'écrevisses.
Tous les troglobies _ insectes, poissons, crustacés ou amphibiens _ sont issus d'espèces vivant à l'extérieur. Il y a longtemps, certaines espèces ont colonisé les cavernes.
Après des milliers d'années d'isolement génétique et de changements adaptatifs, leurs descendants en sont devenus les hôtes permanents.

Ecrevisse cavernicole translucide qui mesure moins de 4 centimètres de long.
Ces êtres ne pourront jamais plus revenir à la surface. Le futur leur appartient Les troglobies ont survécus à toutes les catastrophes. Grâce à une stabilité exceptionnelle, le milieu souterrain est un écosystème protégé car isolé. On peut penser que cette faune étrange pourra survivre aux prochaines catastrophes comme la pollution ou un changement climatique.

Les points lumineux sur la voûte de cette grotte sont des larves de moucherons cavernicoles Ces animaux, contrairement à nous, ont su apprendre à se débrouiller avec le minimum. Il est intéressant de constater que nous avons suivi une évolution diamétralement opposée, allant du strict minimum au « toujours plus ».
En cas de cataclysme, les populations des pays industrialisés auraient bien du mal à revenir à la source et nous serions, pour la plupart, incapables de nous débrouiller et donc de survivre. Il serait utile que l'homme en tire des leçons si nous voulons, comme cette faune des ténèbres, perdurer des millions d'années.


Retour haut de page